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INSIGNE DU GAO 511INSIGNE DU GAO 511
G.A.O. 511

Extrait du livre DISPARUS DANS LE CIEL par Germaine L’HERBIER-MONTAGNON Fasquelle Editeurs (1943)

Au début de mai 1940, le G.A.O. 511, équipé de Potez était basé vers Guise. Le capitaine René PEIGNÉ était chef des observateurs de cette unité, composée presque exclusivement de réservistes. PEIGNÉ avait 20 ans lors de la guerre 1914-1918; il servit d'abord dans la cavalerie, au 3° Dragons, jusqu'à la fin de 1915. Promu ensuite officier d'artillerie, par l'Ecole de Fontainebleau, il demanda l'aviation, et devint observateur. Blessé plusieurs fois, quatre citations, dont deux à l'ordre de l'armée, et la Croix de guerre belge, récompensèrent son beau courage. La guerre finie, PEIGNÉ resta fidèle à l'aviation, il devint chef des observateurs du G.A.O. 511 formé en 1933, à Nantes, sur le terrain de Château-Bougon, gagna en second la coupe Gasnier-Dufresne, fut décoré de la Légion d'Honneur. Directeur d'une importante usine, il était un esprit complet, passant avec facilité des mathématiques à l'histoire et à la littérature, partout maître de sa pensée et de son langage; c'était un homme de devoir, un chef. La guerre le trouva prêt à servir. Normalement, ses fonctions d'adjoint au commandant de groupe devaient le river au sol, mais PEIGNÉ ne voulait pas l'entendre ainsi. Il écrivait à sa femme : « Demeurer passif, c'est trop contre ma nature ; j'en suis presque malade, et quel exemple serait un chef qui ne volerait pas ?» Enfin PEIGNÉ, ayant obtenu l'autorisation de former équipage choisit comme pilote le sous-lieutenant Jean-François DE LA ROCQUE, et comme second observateur-mitrailleur le sous-lieutenant GESSIAUME, « des types très bien », disait-il. 

Jean-François DE LA ROCQUE, né en 1917, était le fils du colonel François DE LA ROCQUE.
Enfant, il était extrêmement grave, doux, sage, presque neutre. Vers 13 ans, à la suite d'une grave opération, qui l'immobilisa au lit pendant quatre mois, sa personnalité se dégagea. Le goût de l'aviation lui vint cette année-là. Il se mit ardemment au travail dans tous les domaines : domaine des études, domaine social, domaine professionnel ; entra aux Sciences Politiques. Rejoignit les moniteurs P. S. F. dans les centres sociaux de la zone rouge, passa son brevet de pilote à 18 ans, et prépara son brevet de navigateur. Les familles croyaient tellement en ce jeune pilote, qu'elles lui confiaient leur bien le plus précieux: leurs enfants. « J. F. » - comme on l'appelait familièrement - donnait le baptême de l'air aux gosses les premiers du groupe de Gif-sur-Yvette (Seine-et-Oise), dont il était moniteur. Il voulait que les humbles connaissent les joies magnifiques du vol, persuadé qu'ils en deviendraient meilleurs. La rencontre de MERMOZ au Parti précisa sa vocation : il serait pilote de ligne et, comme lui, « défricherait les sables, la montagne, la nuit, la mer ». 

« L’avion ce n’est pas une fin, c'est un moyen. Ce n'est pas pour l'avion que l'on risque sa vie. Ce n'est pas non plus pour sa charrue que le paysan laboure. Mais par l'avion, on quitte les villes et leurs comptables, et l'on retrouve une vérité paysanne.   On fait un travail d’homme, et l'on connaît des soucis d'homme. On est en contact avec le vent, avec les étoiles, avec la nuit, avec le sable, avec la mer. On ruse avec les forces naturelles. On attend l'aube comme le jardinier attend le printemps. On attend l'escale comme une terre pro­mise, et l'on cherche sa vérité dans les étoiles. » (SAINT-EXUPÉRY.) 

Toute la volonté de « J.F.» tendit désormais vers ce but. « Voler dans l’anonymat, par tous les temps, assurer coûte que coûte un service de fonctionnaire, mais de fonctionnaire du ciel, avec le risque constant. voici mon rêve. » (Sa lettre du 7 mai 1938.)

Lorsque la guerre survint, Jean-François DE LA ROCQUE était aspirant de l'Armée de l'Air à Nantes, où il se préparait aux avions lourds, toujours en vue de la ligne et des « escadrilles de la paix ». Il attendait en piaffant, comme beaucoup d'autres, l'heure de la bataille. 

Le 10 mai, la « drôle de guerre » fut subitement interrompue par le bombardement de tous les terrains d’aviation. La base de Guise étant trop repérée, le G.A.O. 511 fut envoyé à La Fère (Courbes). Puis le 12 mai, l'échelon volant, avec ses quatre Potez 63, deux Potez 39 périmés et un Potez 58 de tourisme pour les liaisons, se rendit sur son nouveau terrain du domaine des Grands Douaires, près de Signy-Ie-Petit, situé entre Rocroi et Hirson, à proximité de la frontière belge. Les Potez furent dispersés à la lisière de l'épaisse forêt. L'échelon roulant du groupe, se déplaçant par route et devant recharger le matériel, n'arriva que le 13 dans l'après-midi. L'objectif des missions devait être de rechercher les mouvements allemands à l'est de la Meuse, sur une profondeur de 20 kilomètres, en avant du XI° Corps d'Armée; mais comme les Allemands avaient repéré l'installation du groupe, le commandant décida que tous les avions décolleraient dès l'aube, afin de ne plus se trouver sur le terrain s'il était bombardé, selon les prévisions. La nuit fut calme. Le matin du 13 mai, lundi de Pentecôte, dès l'aurore, chacun était a son poste. Cependant à 10 heures, aucun avion n'avait encore réussi à décoller. Il avait gelé légèrement pendant la nuit ; il n'y avait pas de voiture de réchauffage; les accus étaient à plat faute du dispositif de recharge ; deux mécaniciens seulement étaient présents. Un officier de liaison vint apporter une mission urgente du XI° C.A. :Repérer l'importance des infiltrations d'Allemands devant la 18° D.I. aux environs d'Anhée et d'Yvoir, en Belgique, qui, venant par les itinéraires menant à la Meuse, risquaient de percer la défense française. Le renseignement était à envoyer, par message, au P.C. de la 18° D. I., à Falaën, à 10 kilomètres ouest de Dinant. Il fallait absolument accomplir cette mission pressante, avec n'importe quel avion, et accepter tous les risques. Les équipages essayaient vainement de mettre leurs moteurs en route. PEIGNÉ, au bout du terrain, en avait un qui tournait, mais l'autre ne voulait rien savoir. C'est alors que le commandant BOLZINGER se proposa de « risquer le coup » sur un vieux Potez 39, et demanda à PEIGNÉ de l'accompagner. En étant prudents, deux vieux routiers comme eux pouvaient tenter cela, d'ailleurs il fallait absolument décoller. Enfin, le second moteur du Potez 63 n° 288 du capitaine PEIGNÉ se mit en route. Malheureusement, le train d'atterrissage de cet avion, livré au groupe depuis quelques jours seulement, ne rentrait pas. L'appareil se trouvait ainsi lourdement handicapé par une perte de vitesse de 100 kilomètres, ne pouvant dépasser 250 à 300 km/h. De plus, son armement n'avait pu être mis au point, mais, tel quel, il valait mieux encore qu'un Potez 39 avec ses 160 km/h.,