les
appareils de l'aérOscope : WASSMER
WA-30 "BIJAVE"Il y avait une paille dans la poutre monographie rédigée en 1981 par RICHARD FERRIERE |
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En fait et malgré ses qualités intrinsèques qui n'étaient pas à remettre en cause, le Bijave devait souffrir de manière endémique d'une conception insuffisamment approfondie qui devait finalement conduire à une série de tragédies. Le 5 avril 1964, le n° 51 en service au Centre National de la Montagne Noire perdait en vol le plan extérieur droit. Séguy, le moniteur, et son élève se tuaient. Il apparut après enquête que lors de descentes accélérées avec utilisation continue des aérofreins, les vibrations engendrées faisaient ressortir les axes de fixation des plans de leurs logements. Des cales en bois, fixées sur la bande métallique recouvrant la jonction entre le plan central et les plans extérieurs, permirent d'éviter le déplacement des verrous. Le 23 août 1968, à Aubenasson, le Wa 30 n°50 était détruit par rupture en vol du plan central, puis le 29 octobre 1968 à Salon-de-Provence le même type d'accident se produisit sur le n°148 occasionnant la mort de deux pilotes. On constata alors sur ces deux planeurs un affaiblissement de la semelle inférieure du longeron au niveau de la fixation des ferrures. La cause retenue fut une flexion anormale de l'aile vers le bas due probablement à des atterrissages durs. Ces accidents donnèrent lieu à la publication des bulletins de service 16, 16 bis et 20 concernant le renforcement du longeron et de la fixation des ferrures d'aile les travaux à effectuer étaient impératifs et à la charge des propriétaires. Le 27 juillet 1970, le Wa 30 F-CDCX de Besançon éclatait son plan central en cours de remorqué par suite d'une manœuvre sortant du domaine de vol de la machine. L'imprudent pilote eut la chance de pouvoir s'éjecter et d'ouvrir son parachute à moins de 50 mètres du sol.
Le 4 septembre, une nouvelle consigne de navigabilité fut éditée : elle autorisait le vol des planeurs dont le numéro de série était supérieur à 235, modifiait le domaine de navigabilité pour les autres (VBNE = 153 km/h, vrilles interdites), maintenait l'interdiction totale pour tous les appareils comptabilisant plus de 5 500 atterrissages. Cette solution transitoire était en fait une mesure d'apaisement destinée à permettre aux clubs de terminer une saison déjà bien compromise.
La décision du SGAC avait été prise en fonction des
essais statiques réalisés au CEAT dont les conclusions étaient les
suivantes : Au mois d'août 1971, une nouvelle campagne d'essais statiques fut entreprise au CEAT. Sur trois plans centraux de Wa 30 testés, deux avaient subi une modification proposée par Wassmer tandis que l'autre avait été modifié par le Centre National de la Montagne Noire. Aucune des solutions proposées ne fut satisfaisante en regard des normes exigées. Wassmer suggéra alors d'appliquer sa modification 18 qui consistait à remplacer la semelle inférieure en pin par une semelle en frêne (modification apportée en série à partir du n° 236). Cette solution était délicate à réaliser puisqu'elle nécessitait pratiquement la reconstruction du caisson central ; le coût (environ 5 000 F) et la réalisation de cette opération étaient bien entendu à la charge des propriétaires... Dans le souci de modérer l'impact financier sur les clubs, le SFA envisagea alors de subventionner la modification des 235 plans centraux concernés. Pour ce faire, les crédits seraient prélevés sur le budget attribué pour les primes d'achat de matériel neuf. En privant ainsi de primes les nombreux clubs qui auraient envisagé l'achat d'un planeur étranger, les services officiels étaient en mesure de continuer à jouer à fond la carte du protectionnisme (qui devait par la suite conduire à la disparition de la construction des planeurs en France). Cependant la ponction budgétaire devait s'étendre également aux crédits alloués pour l'étude de prototypes nouveaux. Cette éventualité ne plaisait guère à Wassmer, qui en tant que principal destinataire, voyait d'un mauvais œil fuir vers les clubs des crédits qui subventionnaient largement son activité. Finalement, cette solution qui ne satisfaisait personne fut rejetée, laissant " l'Affaire des Bijave " dans l'impasse. En définitive, c'est le groupe CAARP/AMC qui le 24 décembre 1971 apporta l'épilogue de l'épineux problème. Ce groupe, dirigé par Auguste Mudry, fort de l'expérience acquise grâce à la construction des LS 1, proposa de renforcer le plan central par des fibres de verre unidirectionnelles imprégnées de résine époxy disposées dans une rainure fraisée dans la semelle inférieure du longeron. Cette opération qui coûtait 7 000 F fut réalisée à Bernay à la cadence de 20 plans centraux par semaine elle permit à toute la flotte des Bijave de reprendre ses activités au printemps 1972. Après deux ans d'incertitudes, d'inquiétudes et de tergiversations, "l'Affaire des Bijave "trouvait enfin son terme ses conséquences devaient cependant avoir une grande importance sur le devenir du vol à voile français. La première fut le dépôt de bilan de Wassmer qui survint en avril 1971. Si l'Affaire n'en était pas la cause principale, elle y avait fortement contribué en déconsidérant aux yeux des dirigeants de clubs la firme auvergnate, incapable d'apporter une solution convenable aux vices de conception du Bijave. Les aéro-clubs avaient été fortement pénalisés
dans leurs activités et leur trésorerie, Enfin, c'est en 1971 qu'un phénomène qui allait devenir irréversible commença à se manifester l'importation massive de planeurs allemands. Les services officiels n'avaient jusqu'alors accepté la certification de planeurs étrangers que dans la mesure où ceux-ci ne concurrençaient pas des matériels français ou construits sous licence en France. Pour justifier cette attitude, les services techniques pouvaient arguer de différences entre les normes françaises et allemandes (par exemple : type de peinture, de colle ou de crochet de remorquage, etc.) susceptibles de compromettre la sécurité de nos pilotes. Mais les faits dans leur tragique irréfutabilité avaient montré que, malgré les normes draconiennes, les planeurs français cassaient plus volontiers que leurs homologues allemands. Face à l'évidence et à l'impasse dans laquelle l'Affaire des Bijave se trouvait alors, ils convinrent que finalement l'ASK 13 pouvait techniquement constituer une très bonne solution de rechange.
monographie rédigée en 1981 par RICHARD FERRIERE |